26 avril 2006

Gorée

Eh toi ! Vieux caillou aux reflets de matin rose
Aux jardins intérieurs de basalte poli
Aux caves humides et sombres qui bâillonnaient les cris
Des fers chauffés au rouge en guise de sursis
Tes chaloupes font des rides au front de l'océan
Tes ruelles sont des pièges aux visiteurs surpris
Des clichés de vacances aux senteurs estivales
Tes chaloupes font des rides au front de l'océan

Wolof, mon frère, jeune planteur d'arachides
Qu'est devenue ta femme ?
As – tu pu la pleurer ? Comme un chant du Cap Vert...
Gorée, mon calvaire, la fin de ma vie.

Lébou, mon cousin, pêcheur de la presqu'île
Qu'est devenu ton fils ?
As- tu pu le revoir ? Comme un soleil de mai ...
Gorée, ma misère, la fin de mes années.

Eh toi ! Vieille île bossue aux parfums de souffrance
Tes arcades ont la courbe des femmes immobiles
Des matins d'ambre clair du printemps africain
Du suc capiteux des ombres du Castel
Mon île aux vérandas aux senteurs atlantiques
Aux malheurs étouffés qui remontent aux mémoires
Mon île aux cachots sombres aux soupirs retenus
Mon île de " bois d’ébène ", mon île de misère.

Peul, mon ami, Foulas, Foulani, Foulbé ou Poulos
Qu'est devenue ta mère ?
As- tu pu l'embrasser ? Comme un rêve oublié...
Gorée, mon histoire, l'entaille de mon destin.

Toucouleur, fier gardien du fleuve Sénégal
Qu'est devenue ta fille ?
As- tu pu l'enterrer ? Comme tes prières d'espoir...
Gorée, mon chagrin, le bout de mon chemin.


Eh toi ! Vieille pierre d'océan aux espoirs renaissants
Aux écoles tranquilles dans la douceur du vent
Au musée de la mer en vitrines de rêves
Aux mouillages paisibles en prélude à l'enfer
A l'abri des murailles de l'océan sévère
A la saveur flétrie d'une époque maudite
Ma pierre au poids terrible aux lourdeurs de chaînes
Aux mouillages paisibles en prélude à l'enfer.

Et j'écris là moi j'écris sans rien penser
Dessinant la misère sur mon papier couché
Et j'oublie mon histoire et j'oublie mon passé
Dessinant le malheur sur un papier glacé.

Sèrère, cultives- tu toujours la terre de tes pères ?
Voyageur Saracolès, fondateur d'empire
Qu'est devenue ta vie ?
As- tu pu oublier ? Comme les chagrins d'enfants...
Gorée, ma référence, l'empreinte de mes pas.

Diola, l'indépendant, forestier de l'esprit
Bassari, montagnards, arpenteurs de pistes
Qu'est devenue ton âme ?
As- tu pu pardonner ? Comme les charitables...
Gorée, ma brûlure, le gel de mes veines.

Eh toi ! Vieille pierre trempée dans l'eau salée
Aux vagues atlantiques, aux marées d'amertume
Thierno Seydon Sall, le poète errant
Coura Sarr, la lingère de la poésie et des crevettes
Massamba Guèye, le conteur éternel
Tous ces témoins modernes de la nouvelle Afrique
Eh toi vieille île rose aux anneaux de métal
Toi, l'homme blanc, le français,
Si je le peux, un jour,
Puisses- je te pardonner...

maison_esclave_4

Posté par Yop38 à 21:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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